15.09.2006
Lettre ouverte à qui veut bien la lire...
Si les pouvoirs politiques et les médias se disent « consternés » par la participation d’un jeune délinquant à un match de football, nous sommes, quant à nous, consternés par le discrédit porté sur la prise en charge pluridisciplinaire de ces adolescents.
Outrés, nous le sommes d’autant plus que l’image néfaste renvoyée de ces jeunes déviants ne leur laisse aucune perspective d’avenir. Dans un contexte exclusivement répressif, nous nous sentons fort isolés dans notre travail quotidien qui vise la réhabilitation sociale de ces mineurs en difficulté. En dépit de cette polémique « stérile », nous continuons à croire en un message valorisant et soutenant à adresser aux adultes de demain qui nous sont confiés.
L’objectif n’est certes pas de les assister perpétuellement mais de leur proposer les moyens et les repères qui leur permettront de devenir, par le développement d’habiletés sociales, des acteurs responsables.
Notre sentiment de révolte est d’autant plus fort qu’il s’associe à une grande inquiétude quant à la méconnaissance totale de notre travail par les responsables politiques. Si nous restons ouverts aux remarques et échanges constructifs avec les personnes extérieures, nous sommes interpellés par les critiques gratuites des politiciens qui semblent, à l’évidence, ne rien connaître à notre philosophie institutionnelle. Le projet pédagogique de l’IPPJ de Braine-le-Château, revu et repensé régulièrement lors des Comités Pédagogiques, n’est-il pas avalisé par la Ministre en charge de la Jeunesse ? La prise en charge des jeunes ayant commis des faits de délinquance n’a-t-elle pas été pensée depuis des années par des spécialistes, ne fait-elle pas l’objet d’une réflexion permanente avec les acteurs de terrain ?
C’est en tant que professionnels du secteur de l’Aide à la Jeunesse que nous souhaitons réagir face aux critiques relayées par la presse qui nous qualifient d’incapables, voire d’irresponsables. Le manque de confiance flagrant que soulignent ces interventions médiatiques, à la veille des élections, nous blesse profondément.
Quel ne fut pas notre étonnement en entendant les propos tenus par un président de parti politique qui croit partager une idée novatrice, en proposant des « activités réparatrices » ! Nous soulignons, à titre d’information, que de telles pratiques existent depuis de nombreuses années et figurent dans notre projet pédagogique. L’institution veille à développer de plus en plus ces « activités restauratrices » dans des domaines et des contextes aussi variés que possible.
Pour illustrer ce type d’activités, citons :
- la participation de nos jeunes au Télévie ;
- leur investissement dans la rénovation de bâtiments sociaux (projet dans un home, ONE,…) ;
- leur mobilisation au réaménagement d’un espace vert pour une école de quartier ;
- la confection de jouets en bois et de contes pour les enfants malades des hôpitaux ;
- le soutien des personnes handicapées lors d’événements sportifs (Tous à Bord) ;
- leur contribution à l’action des restos du cœur ;
- les actions bénévoles régulières (Animaux en Péril, homes de CPAS, hôpitaux).
La liste est loin d’être exhaustive.
De même, les activités, dites ludiques, et tant critiquées, restaurent le lien envers l’ « adulte structurant ». C’est par la confiance que l’ouverture à l’Autre peut s’opérer et permettre l’apprentissage de notions nécessaires à la responsabilisation d’un individu : l’empathie, la tolérance, le respect et la conscientisation de ses actes.
La réintégration sociale du jeune passe par un projet individuel finalisé au départ de l’IPPJ : il comprend le volet formation et les liens avec l’entourage.
Ceci clôture nos réactions par rapport à la disqualification de notre travail.
Nous souhaitons à présent mettre l’accent sur le jugement hâtif et discriminant porté sur ces jeunes.
Ceux-ci ont, bien entendu, une part de responsabilité dans les actes qu’ils commettent et un travail important est entrepris avec eux à cet égard.
Mais, la société n’aurait-elle pas intérêt à faire son examen de conscience car les attitudes de rejet, d’exclusion, d’intolérance, de racisme et l’appauvrissement progressif et insidieux d’une population déjà en difficultés ne vont certainement pas dans le sens d’une éradication de la délinquance juvénile. Il est, en effet, d’autant plus facile d’agresser une société lorsqu’on ne s’y sent pas intégré.
Si notre mandat s’inscrit dans le cadre de la contrainte, il convient avant tout de se rappeler le contexte dans lequel nous travaillons, à savoir celui de l’Aide à la Jeunesse. En tant que tuteurs de résilience ponctuels dans le parcours de ces adolescents, nous nous insurgeons contre ce climat d’intolérance et de condamnation véhiculé par les médias et les pouvoirs politiques.
Nous tenons à réitérer notre croyance envers un système éducatif et pédagogique basé sur un juste équilibre entre des « sanctions positives et négatives », comme toute figure parentale qui allie affection et punition.
Mais qui se préoccupe du vécu de ces jeunes mineurs auteurs d’infraction confrontés au discours stigmatisant des décideurs ? Quel avenir constructif peuvent-ils encore espérer ? Pourquoi réduire un jeune aux actes délictueux qu’il commet et le restreindre à cette seule étiquette? La pression médiatique et la course aux électeurs déconstruisent tout le travail pluridisciplinaire que les équipes socio-éducatives tentent de réaliser.
Considère-t-on que le travail fait avec ces jeunes, afin de les aider à construire leur avenir, a encore du sens ? La volonté est-elle davantage de les « parquer » en centre fermé pour les faire ressortir plus tard, sans projet, sans préparation, sans mise en condition préalable ?
L’enfermement « pur et dur » des jeunes délinquants, s’il est rassurant à court terme, est inefficace à moyen ou long terme car une telle politique génère inévitablement révolte et violence.
Se soucier de l’intérêt du jeune, c’est travailler dans l’intérêt de la société.
Enfin, nous nous questionnons sur l’intérêt de remettre en cause un système éducatif et pédagogique qui fait ses preuves depuis 25 ans.
Au risque de se répéter, le projet institutionnel est pensé, réévalué et modifié en concertation avec des spécialistes compétents en la matière.
Par contre, il nous paraît intéressant de se pencher davantage sur les moyens mis en place dans l’aide à apporter aux victimes et à leur entourage. Qui se préoccupe des familles de victime bien moins médiatisées ?
Au lieu de polémiquer sur la légèreté des réactions judiciaires à l’égard de ces jeunes délinquants et de raviver l’émotion collective, pourquoi ne pas informer correctement l’opinion publique et la sensibiliser à la responsabilité civile (comme la non-assistance à personne en danger) ?
Nous espérons que notre message sera entendu par tout citoyen soucieux d’évoluer dans un cadre de vie qui prône le respect et la tolérance envers autrui.
Membres du personnel de l’IPPJ de Braine-le-Château
18:01
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dans Général |
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